Manipulatrice radio de formation, j’ai fait le choix comme beaucoup d’autres de me rendre disponible pour faire partie de la réserve sanitaire. Élue, enseignante et durant le confinement, réserviste dans un EHPAD. Je veux en faire un récit court mais poignant, simple et sincère.

Mon témoignage se veut utile aux résidents aujourd’hui et demain, aux soignants et personnels de ces établissements en grande détresse et interroge notre société dans son rapport à ce qui devrait être un progrès de civilisation : la vieillesse. A condition qu’elle soit accompagnée et prise en charge.

A l’arrivée dans un Ehpad public, ce qui frappe tout d’abord, ce sont les soignant.es.
Compétent.es, habité.es par une mission noble, profondément attaché.es à leurs résidents mais aussi terriblement meurtri.es par le nombre de décès.

Le confinement en chambre des résident.es rend encore plus difficile leur travail. Souvent ils doivent faire face aux tragiques manques de moyens et d’équipements. Ainsi, un.e seul.e soignant.e doit s’occuper de plusieurs dizaines de personnes, veiller aux règles d’hygiène les plus strictes alors que, faute de structures adaptées, il est impossible d’isoler ou de transférer les résidents porteurs du coronavirus.
Malgré leur professionnalisme, sans structures et sans matériel, impossible pour eux d’enrayer la progression de la maladie.

Et puis avec le confinement, comment faire quand s’ajoute la terrible souffrance morale des résidents isolés dans leur chambre et dont la santé se dégrade souvent très vite ? Sans lien physique mais aussi sans outil technologique pour assurer le minimum de lien aux enfants. Chaque jour passé là-bas a semblé viré au cauchemar devant tant de volontarisme contrarié par tant d’impuissance et de manque de moyens.

ET APRÈS ……

La réserve sanitaire prendra fin. Faut-il un retour à la normale quand ce que l’on nomme la normale est tout à fait indécent et invivable ? La réalité c’est que le coronavirus n’a pas créé les failles de notre système ; elle les a juste révélées.

Si nous ne faisons rien, la situation va perdurer voir se dégrader dans les Ehpad, les personnels vont devoir encore et encore supporter l’insupportable, l’inacceptable ! Jusqu’à quand ?

Plus que jamais, il est temps d’élaborer un plan véritable plan vieillesse!
II est urgent de reconnaître les compétences et le dévouement des personnels. La maison de retraite d’antan n’est plus. Les Ehpad glissent progressivement d’un établissement d’hébergement vers un lieu de quasi-hospitalisation. Ce glissement ne se traduit pas malheureusement dans le salaire, dans la reconnaissance des personnels qui s’abiment chaque jour et chaque nuit en Ehpad.

Reconnaître davantage leur métier doit se traduire immédiatement mais ne peut pas reposer sur les seuls fonds des établissements. Ces derniers subissent déjà de plein fouet la crise. L’Etat doit prendre ses responsabilités et cesser de se cacher derrière des agences régionales de santé aussi froide qu’en faillite.

Pour ma part, il y a urgence. Urgence à soutenir le personnel des Ehpad.

Pour cela, il faut :

➡️ une prime de 1000€ versée aux soignant.es doit être aussi versée dans les Ehpad par l’État.
➡️L’augmentation des salaires
➡️ un fonds de secours doit immédiatement être mis en place pour éviter la faillite de beaucoup d’établissements en soutenant leur trésorerie.
➡️un taux d’encadrement des Ehpad identique au plus haut niveau des pays européens.
➡️La mise en place d’une 5ème branche de la sécurité sociale destinée aux personnes âgées.
➡️La révision de la gouvernance des Ehpad en privilégiant les collectivités de proximité et non des agences éloignées des réalités et étriquées par des injonctions comptables.

Si mes revendications reflètent ma personnalité de femme de gauche, de militante…. Cette expérience en revanche a renforcé mes convictions et le respect que je dois, que nous devons tou.tes aux personnels des Ehpad et à travers eux, aux résidents.

Flore MUNCK, Conseillère départementale Villejuif