Nous vivons un moment d’une gravité exceptionnelle.

Le monde entier est frappé d’une pandémie qui a provoqué une crise sanitaire majeure, jusque dans les pays développés. C’est la première fois depuis près d’un siècle. Des dizaines de milliers de personnes sont décédées en France, des centaines de milliers sur la planète.

Le confinement était nécessaire, mais il est allé de pair, comme sur tous les continents, avec l’aggravation des injustices, les baisses de revenus, les hausses de prix, les dettes de loyers. Nous avons vu se restreindre notre vie sociale et professionnelle, ainsi que nos libertés.

Ces semaines si difficiles ont également souligné les inégalités entre femmes et hommes, qu’entretient le système capitaliste et patriarcal : la charge des femmes s’est trouvée décuplée par les conséquences du confinement dans les familles, autant que par les conditions chaotiques de la reprise d’activité telle que l’a voulue le gouvernement.

Notre pays est la sixième puissance économique mondiale. Mais il s’est trouvé démuni devant l’épidémie par manque criant d’effectifs, de masques, de tests, de lits d’hôpitaux, de respirateurs. Pourtant, les personnels revendiquaient depuis des mois des moyens pour le système public de santé. Des salariés refusaient les fermetures d’entreprises produisant l’oxygène, les médicaments, les masques, les tests…

Voilà à présent que, faute des moyens nécessaires, l’école connaît de grandes difficultés ; chacun se demande dans quelles conditions se fera la rentrée de septembre.

Et voilà qu’une partie de notre pays et de notre jeunesse, celle qui a agi courageusement en première ligne contre l’épidémie, celle qui vit dans les quartiers populaires, continue de subir les discriminations, le chômage et l’emploi précaire, les exclusions sociales et territoriales, le racisme au quotidien, les violences de certains policiers. Ce n’est plus supportable, cela entretient les tensions et défigure la République. Voilà pourquoi il faut soutenir avec force le grand mouvement antiraciste et contre les violences policières, qui s’est levé dans le monde entier à la suite de l’assassinat de George Floyd aux États-Unis, et que portent en France le comité pour que justice soit rendu à Adama Traoré et les associations antiracistes.

Cette vague, qui a fait descendre des dizaines de milliers de jeunes dans les rues de notre pays, exprime une soif légitime de dignité et d’égalité.

À la crise sanitaire s’ajoute désormais l’éclatement de la crise économique qui menaçait depuis longtemps déjà. Le risque est grand de nous enfoncer dans une récession profonde et durable. Nombre de plans sociaux étaient dans les tiroirs, comme à Air France, Renault, Camaïeu, Conforama, General Electric à Belfort. Dans ces grandes entreprises, la pandémie sert de prétexte aux vagues de licenciements, et cela se traduit par de possibles dépôts de bilan dans de nombreuses PME.

Le travail et l’emploi sont donc désormais au centre des préoccupations. Plus d’un million d’hommes et de femmes ont perdu leur emploi en l’espace de deux mois ! Et beaucoup d’autres, parmi nous, sont inquiets quand ils subissent les conséquences du recours au télétravail, l’interruption des CDD et autres missions d’intérim durant le confinement, ou encore les conditions sanitaires précaires de la réouverture d’entreprises…

L’insécurité sociale grandit. Encore une fois, le monde du travail paie au prix fort le coût de cette crise. C’est inacceptable !

C’est pourtant grâce à nous que le combat contre le Covid-19 a pu être mené. Grâce aux soignants, aux agents des services publics, aux personnels municipaux, aux pompiers, aux éboueurs, aux agents d’entretien, à tous ceux et toutes celles qui ont permis que la vie continue dans la production agricole, les industries alimentaire et pharmaceutique, le commerce, les transports. Grâce au secteur associatif, aux acteurs de la solidarité et de la lutte contre l’exclusion qui ont occupé une place déterminante dans la mobilisation des forces vives du pays. Grâce aux salariés et aux travailleurs sociaux, aux élus locaux, aux bénévoles qui ont assuré l’aide d’urgence et préservé le lien social. Grâce à chacune et chacun d’entre nous, qui avons respecté ensemble le confinement et les gestes barrières, et avons permis que les taux d’hospitalisation baissent.

À l’inverse, si notre pays s’est trouvé à ce point en difficulté pour affronter l’épidémie, c’est parce que les puissants et les gouvernements à leur service ont satisfait, d’abord et toujours, aux mêmes dogmes : rentabilité, baisse du prétendu « coût du travail », diminution de la dette, réduction constante des dépenses publiques. Sous prétexte de rationalisation, ils ont accéléré la casse de l’hôpital et le rationnement en quantité et qualité de tous les services publics. Ils ont réduit les moyens alloués à la recherche. Ils ont favorisé la délocalisation d’industries vitales pour le pays. Ils ont contribué à faire baisser les salaires et tenté de détruire le système de retraites hérité de la Résistance. La santé est un bien commun, un droit universel fondamental. Elle est l’affaire de tous. Comme la santé, la production et la distribution des médicaments ne peuvent plus rester du domaine privé, réservé, de quelques grandes firmes multinationales qui ne cherchent qu’à faire des profits.

Il est d’autant plus révoltant que ces gouvernants, qui nous ont désarmés face à l’épidémie, veuillent maintenant profiter de la situation. Avec le Medef, ils poussent à la baisse des salaires. Ils aggravent nos conditions de travail et cherchent à en allonger la durée. Ils menacent l’accès des enfants de nombreuses familles populaires à l’école comme à la formation professionnelle ou aux études supérieures. Ils n’ont pas renoncé à nous faire partir plus tard à la retraite avec des pensions considérablement diminuées. Ils vont enfoncer davantage notre pays dans la tourmente. À l’inverse, sécurisons l’emploi, assurons à chacune et chacun une vie digne.

Seule notre mobilisation unie, dans les localités comme dans les entreprises, permettra de résister efficacement et d’organiser la solidarité indispensable. Partout, nous avons à mener la bataille pour l’hôpital public et pour la démocratie sanitaire, pour la défense et la promotion de tous les services publics. Partout, il nous faut agir pour les salaires et la reconnaissance des qualifications, le pouvoir d’achat, la sécurisation des parcours de vie, nos droits et nos libertés. Partout, nous devons livrer la bataille de l’égalité entre femmes et hommes. Partout, il nous faut faire reculer le racisme et les discriminations.

La relation entre notre société et l’argent, l’argent et le travail, le modèle productif et les écosystèmes ou la biodiversité : tout cela est à remettre en question. N’acceptons pas le sens actuel, capitaliste, de la mondialisation et ses formes. Repensons l’organisation de tous les temps de la vie : vie professionnelle et familiale, temps de formation, retraite, loisirs… Imaginons une autre organisation des territoires et de l’urbanisation. Remplaçons la concurrence de tous contre tous par l’entraide, le respect, les coopérations, la solidarité, le partage, le droit de décider de l’avenir en toute souveraineté. Défendons le besoin de coopérations entre les peuples, pour garantir la paix et la sécurité, collective comme individuelle. Le Parti communiste français propose une rupture politique. Il vous appelle à construire ensemble l’espoir du changement

L’heure est venue de remettre en cause la domination du capital, son système de pouvoirs, sa cohérence devenue folle, ses coûts pour la collectivité. Les décisions d’investissement, de recherche, de localisation des entreprises, mais aussi les choix concernant les services publics ne doivent plus être guidés par la logique égoïste du taux de profit. Cela appelle de nouvelles institutions et de nouveaux pouvoirs des salarié·e·s et des citoyen·ne·s sur les banques et les entreprises.

S’en prendre au cancer financier qui ronge la société, c’est répondre aux attentes de justice sociale et de restauration des grands équilibres écologiques qui montent de partout. C’est faire prévaloir une autre utilisation de l’argent. C’est aller vers un pôle public bancaire. C’est mettre en œuvre des nationalisations orientant progressivement l’économie à partir de critères d’efficacité sociale contre ceux de la rentabilité qu’on nous impose aujourd’hui. C’est aller vers de nouveaux pouvoirs démocratiques afin d’engager l’indispensable mouvement d’appropriation sociale des grands moyens de production, d’échange et de financement. C’est promouvoir une autre fiscalité et une autre conception de la dépense publique.

Pour y parvenir, pour nous permettre de prendre en main notre destin collectif, nous avons besoin d’un nouvel âge de la démocratie. Celui-ci doit se concrétiser partout et dans tous les domaines, impliquant notamment des pouvoirs d’intervention directe, décentralisée, de tous les acteurs sociaux, des citoyennes et citoyens, des travailleuses et des travailleurs. À l’appui de leurs propositions, ils doivent pouvoir se saisir des moyens financiers, dans les entreprises (en agissant sur les profits), au niveau des banques (en pesant sur l’orientation du crédit), à l’échelon des institutions nationales et territoriales (en maîtrisant l’utilisation des fonds publics). Une nouvelle République doit ainsi voir le jour, de l’État jusqu’aux entreprises. La commune doit, en particulier, retrouver sa place centrale pour faire vivre la démocratie au plus près de nos concitoyens, en métropole comme en Outre-Mer.

Ainsi, comme nous y aspirons toutes et tous, il deviendra possible de répondre en priorité aux besoins humains. Chacune et chacun doit pouvoir vivre avec un salaire décent, un emploi durable, une formation émancipatrice, une retraite digne, dans une société qui garantit entre tous et toutes l’égalité des droits, qui rompe avec le fonctionnement patriarcal de la société, et qui favorise l’épanouissement de la personne. Les services publics, étendus et démocratisés, doivent être l’instrument d’un changement complet de logique. Il est temps de nous doter d’une Sécurité sociale du 21e siècle, visant la sécurisation de tous les moments de la vie, à commencer par l’accès de chacun·e à un emploi et à une formation choisis et correctement rémunérés tout au long de l’activité. Un véritable système de sécurité d’emploi et de formation doit voir le jour.

Ainsi, nous pourrons mettre en œuvre un nouveau modèle de développement. Rouvrir un avenir à la France, c’est rebâtir une industrie nouvelle, respectueuse des êtres humains et de la planète, répondant à des critères de production sociaux et environnementaux, respectueuse de l’égalité femmes-hommes ; cela nous permettra de créer de nouvelles richesses utiles à la nation et à notre indépendance économique. C’est localiser en France les sites de production et de recherche essentiels au pays et favoriser les circuits courts ; il deviendra, ce faisant, possible de dépasser le modèle de l’hyper-concentration et de la spécialisation géographique de la production, du zéro stock, et des flux tendus. C’est favoriser une production agricole fondée sur l’agriculture paysanne. C’est conjuguer l’égalité sociale avec la réponse au défi écologique et climatique. C’est organiser des rapports de coopération et de solidarité dans chaque pays, comme à l’échelle de l’Europe et du monde.

Ainsi, nous donnerons à la France une voix indépendante et internationaliste, nous mènerons le combat pour une autre mondialisation. La souveraineté de la nation et du peuple, battue en brèche par la toute-puissance des marchés financiers, doit être retrouvée. Cette souveraineté économique, démocratique, est indispensable pour favoriser l’engage-ment de notre pays en faveur d’un nouvel ordre du monde, fondé sur des coopérations solidaires, et adossé à de nouvelles institutions vraiment démocratiques et multilatérales. Elle peut et doit œuvrer à une construction européenne refondée grâce à de nouveaux traités, qui la libèrent de la marchandisation et de la course au profit.

À chacune et chacun d’entre nous de faire vivre, dès à présent, ce changement de cap pour la France. C’est possible !

Depuis trois ans, de grands combats ont été menés : pour l’hôpital public et les services publics ; pour la justice sociale et fiscale ; pour le climat et pour la transition écologique ; pour l’emploi et pour une nouvelle industrialisation ; pour l’égalité salariale entre femmes et hommes, et pour mettre fin aux violences sexuelles et sexistes ; pour un système de retraites pleinement solidaire ; pour l’arrêt des discriminations et du racisme… Ils disent ce à quoi aspire l’immense majorité de notre peuple. Ils montrent qu’il est possible de bâtir un rapport de force à la hauteur de l’enjeu. Ils expriment le besoin d’alternatives, et notamment l’exigence de biens communs publics mondiaux.

L’intervention populaire est plus indispensable que jamais.

C’est grâce à elle qu’un rassemblement politique majoritaire, nourri de l’expérience de nos mobilisations, pourra voir le jour et nous débarrasser enfin du pouvoir actuel, des menaces de la droite, des campagnes haineuses de l’extrême droite.

C’est dans et par nos luttes, avec les salariés, avec les familles et la jeunesse que nous construirons les rassemblements les plus efficaces. C’est en les construisant qu’il sera possible de gagner, d’ouvrir des perspectives pour l’avenir.

Le Parti communiste français entend s’engager avec vous, dès maintenant, dans la résistance aux plans sociaux, pour la défense des services publics, pour le pouvoir d’achat, pour la conquête de l’égalité. Il vous propose de nous mobiliser pour des mesures exceptionnelles répondant à une situation exceptionnelle. Il met en discussion une ambition pour la France.

Dans le même temps qu’elles défendent leurs initiatives autonomes et confrontent leurs propositions dans le débat public, les forces politiques de gauche et écologistes se doivent de coordonner leur action, dans le pays comme au Parlement, afin de relayer les attentes de toutes les victimes du désordre capitaliste. Partis et acteurs du mouvement social doivent, dans le même temps, travailler à la convergence de leurs actions. Le PCF agit en ce sens.

Les échanges entre organisations ne suffiront pas. Il s’agit donc d’ouvrir partout, avec vous, citoyennes et citoyens, sous votre contrôle, le débat sur la politique qui changera la France durablement, par tous les moyens démocratiques : actions de résistance aux politiques contraires à l’intérêt général, initiatives pour des conquêtes immédiates, formation de comités d’action, mobilisations pour des solidarités internationales agissantes…

La société dans laquelle nous allons vivre demain dépend directement des ruptures que nous serons capables d’opérer dès aujourd’hui.

 

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