Comment ne pas comprendre que le système de vie qui nous est imposé, aujourd’hui, et depuis des siècles, est un système destructeur, un système injuste, dévastateur pour la planète, meurtrier pour l’humanité ?

Comment ne pas comprendre que ce système basé sur « la concurrence libre et non faussée », système fondé sur la lutte sans merci, opposant systématiquement les uns aux autres afin de conquérir de nouveaux marchés, de nouvelles manières d’accumuler encore et encore plus de profits, sans limite, sans loi, de fait, ou des lois faites pour que ce système soit encore plus efficace, plus violent, plus destructeur d’humanité ?

Comment ne pas comprendre que ce système ne peut être ni limité, ni amélioré, et encore moins humanisé, car, cette « concurrence libre et non faussée » ne peut aller que jusqu’à la confrontation, jusqu’à la guerre économique, d’abord, et plus si nécessaire ?

Comment ne pas comprendre que ce système n’a de possible existence que par l’exploitation sans limite de l’homme par l’homme, l’exploitation sans limite de la planète, de ses ressources, forcément limitées, et par la dégradation permanente de son climat et donc, en somme, la remise en cause de l’existence même de notre humanité ?

Tout au long de cette terrible période pandémique, nous avons pu, notamment dans la première phase, en constater les néfastes conséquences : pénurie de masques, pénurie de médicaments et de matériel, pénurie de personnel à tous les niveaux de la chaîne soignante, pénuries liées à la maximisation de l’efficacité financière des grands groupes au détriment de la protection de la santé de l’ensemble de la population. Ainsi, en début de grande pandémie, des choix de vie ont dû être faits par insuffisance de moyens. Par exemple Lucien Sève grand philosophe, penseur marxiste, est décédé de la Covid 19 le 23 mars 2020. Agé de 93 ans, il fut classé non prioritaire, et ainsi privé d’accès à un respirateur pour cause de pénurie. Un exemple connu parmi tant d’autres ignorés…

Aujourd’hui, c’est encore dans ce contexte effréné de concurrence (en lieu et place d’une forcément bien plus efficace coopération au niveau de la recherche et de la production) que l’on court de grands risques d’être confrontés, mondialement, à une insuffisance, sinon à une pénurie de vaccins, et donc à une grande fragilisation de la lute contre la pandémie. Alors que les recherches privées pour la réalisation des vaccins ont été très essentiellement financées par des fonds publics (nos impôts), les grandes firmes pharmaceutiques se sont appropriées les résultats au nom de la protection des brevets, donc au nom de la « concurrence libre et non faussée », et se permettent d’imposer une limitation de la production de vaccins (ce qui est rare est cher ! …) afin de maximiser leurs profits au détriment de la santé des populations.

Ainsi, toujours dans la maximisation des profits, les Big Pharma préfèrent focaliser leurs recherches et leurs productions sur les médicaments qui soignent plutôt que sur les vaccins qui protègent des maladies. Ces choix étant beaucoup plus rentables. Sanofi, par exemple, après avoir réservé en priorité aux Etats-Unis, parce qu’ils payaient mieux, son vaccin qui n’existe toujours pas (serait ce lié, pour partie, à la suppression de 3000 chercheurs depuis 2010 ? serait ce lié aux versements de 3,95 milliards d’euros à ses actionnaires, malgré la pandémie, en avril 2020 ?), Sanofi donc (tout comme Merck et GSK …) les Big Pharma, refuse aujourd’hui d’ouvrir ses lieux de production à ses concurrents, en avance dans la recherche sur le vaccin afin de les mettre à disposition des populations plus vite, et en plus grand nombre. Tout cela est évidemment logique dans ce système de concurrence sans limite mais, c’est dans le même temps, la démonstration claire de la nocivité intrinsèque du dit système.

Autre immense scandale humanitaire la répartition mondiale des vaccins. D’après l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), mi-janvier 2021, 39 millions de doses contre la COVID 19 ont été inoculées dans une cinquantaine de pays les plus riches mais seulement vingt-cinq (25) doses ont été administrées dans un des pays aux revenus les plus bas. Et le secrétaire général de l’OMS de déclarer : « le monde est au bord d’une faillite morale catastrophique et le prix de cet échec sera payé par les vies et les moyens de subsistance dans les pays les plus pauvres ». Et, de plus, qu’en serait-il de la fin de la pandémie sur la planète ?

La concurrence est toujours le strict contraire de la coopération, de la mise en commun, et prouve bien une nouvelle fois que le droit des affaires, dans ce système, est clairement plus important que les droits humains.

Autre conséquence actuelle et hautement significative de ce funeste système le recours au chômage. Des milliers de licenciements et de plans sociaux sont en cours actuellement sur toute l           a France (et dans le monde). En France, ce sont 200 000 postes qui risquent d’être détruits dans les prochains mois. Il est clair que la pandémie a impacté, fragilisé, détruit même, pas mal d’entreprises (surtout petites et moyennes) et qu’il conviendrait de sérieusement les soutenir.

Mais il est clair aussi que bien des entreprises, notamment les moins fragiles et les plus importantes, en profitent, pour améliorer, pour rentabiliser leur productivité et donc leurs gains financiers afin d’arroser copieusement les actionnaires. Jusqu’à maintenant cela était formulé, dénoncé, comme une hypothèse étayée, par les syndicats en particulier. A ce jour, c’est clairement affiché comme un objectif à atteindre, Michelin par exemple.

De toutes façons ces firmes n’ont pas attendu la pandémie pour engager de tels dispositifs. Par exemple, entre2017 et 2019 Alstom a supprimé 1,7 % des effectifs et réalisé + 139 % de bénéfices, Danone – 2,28 % d’effectifs +4% de bénéfices, Orange -3,16% d’effectifs +58 % de bénéfices, Carrefour – 15,19 % d’effectifs et +300 % de bénéfices… ! Comment admettre, continuer à admettre, de telles contradictions !…

Autre exemple frappant de la terrible nocivité de ce système, l’accroissement permanent et de manière particulièrement accélérée ces dernières années, des inégalités à tous les niveaux. Aux lendemains de la guerre 39/45 des lois d’une très grande importance sociale (Sécurité Sociale, Retraites, liberté de la presse…) ont été promulguées dans la foulée du Conseil National de la Résistance. Les politiques qui ont suivi, ont sans cesse détricoté ces lois sociales, jusqu’à ce jour, en essayant de faire croire que c’était pour le bien de tous !…

La politique dite du ruissellement qui tente de convaincre que plus il y a de riches moins il y a de pauvres est en permanence remise en cause dans les faits. Jusqu’en 2011 la fortune totale des dix premiers riches de France était inférieure à 100 milliards d’euros (en 1996 elle était seulement, si je puis dire, de l’ordre de 15 milliards d’euros). En 2016 elle passait à environ 200 milliards d’euros, et en 2018 elle était de 300 milliards d’euros !…  Dans la période pandémique, toujours en France, ces fortunes ont cru, alors qu’un million supplémentaire de personnes passait en dessous du seuil de pauvreté.

Les 500 plus grandes fortunes de France capitalisaient en 2018, 650 milliards d’euros soit 30% du PIB de la France, encouragées par le macronisme qui a réformé l’ISF, supprimé l’exit tax, instauré la flat tax sur les revenus du capital afin de mieux les libérer. Une récente enquête publiée par la revue Nature montre que le mode de vie de 0,5 % des ménages les plus aisés émet, au niveau mondial, autant de CO2 que celui des 50 % les plus pauvres !…

Alors que durant cette période, la pauvreté s’accroit à un niveau jamais atteint depuis la guerre, les milliardaires ont vu leur fortune bondir de 14 % en Europe et de 25 % aux Etats-Unis. Dans le même temps l’indice des quarante principales valeurs françaises, le CAC 40, s’est envolé de 26,3 % (meilleure performance en 20 ans). Les banques centrales ont libéré des centaines et des centaines de milliards afin de pallier la crise. Mais, encore une fois, le ruissellement s’est réalisé mais … clairement vers les plus riches, vers les actionnaires et non pas vers les entreprises les plus fragiles, vers les premiers de corvée (les soignants à tous les niveaux, les caissières, les manutentionnaires, les professeurs et toutes celles et ceux qui ont assuré, réellement et non par les paroles, notre survie et qui continuent à le faire malgré le mépris gouvernemental et le mépris des riches…)

La Covid 19 a, ici encore, servi d’accélérateur à l’accroissement des inégalités. Ainsi, pendant cette période de difficultés, de souffrances accrues pour la grande majorité des humains, ce système, le capitalisme puisqu’il faut bien l’appeler par son nom, permettait, à l’encontre de toute éthique, à une petite minorité de se gaver d’argent, humainement, et planétairement inutile. Cela fait partie de la nature propre de ce système, cela appartient à son essence même. Servir la rapacité des actionnaires ou l’intérêt général ? Des choix totalement, irréductiblement, incompatibles.

Enfin, autre travers corrupteur de ce système, la marchandisation systématique de tout ce qui lui est possible de convertir en marchandises y compris ce qui ne devrait pas l’être. Ici encore il ne peut y avoir de limite. Tout ce qui lui tombe sous la griffe est essentiel pour son développement, pour sa survie parfois même. L’eau, l’énergie, les transports, la santé, la recherche (médicale notamment), l’éducation, la culture, le sport, la vie, la mort… tout doit pouvoir se vendre, tout doit pouvoir devenir marchandises. Dans ce système, le service, le service public notamment, la coopération, la mise en commun, l’entraide, la fraternité, l’altérité… l’assistance à personnes en danger, en danger de mort même (migrants noyés en méditerranée) constituent pour lui des contradictions suprêmes, des entraves inacceptables qui faussent sa « libre concurrence ».

Dans le même temps, et parce que la marchandise doit se vendre, le système développe le consumérisme à tout va par tout ce qui peut l’activer, le débrider, le libérer. C’est entre-autre le rôle de la publicité où des sommes considérables, totalement inutiles pour la vie des gens, fondamentalement inutiles pour le développement de l’humanité sont quotidiennement gaspillées.

Dès 1970-1980, Michel Clouscard, sociologue, philosophe, proche du PCF, dénonçait la marchandisation de la société favorisée par la libre jouissance des choses, par l’accroissement de besoins liés à la frivolité développés dans la foulée de la libéralisation de 1968 (parmi ses œuvres « Le capitalisme de la séduction. Critique de la social-démocratie »). Il montre ainsi comment le capitalisme cherche à se récupérer, à systématiquement tourner à son avantage des faits, des actes qui allaient clairement à son encontre.

Lors d’une interview assez récente, la philosophe Corine Pelluchon affirmait : « Le capitalisme est un ordre monstrueux qui impose la domination de l’humain sur la nature et les vivants, mais aussi la domination sociale et la répression par chacun de sa part d’humanité. Il est entretenu par nos désirs qui sont façonnés par le marketing. Il a colonisé notre imaginaire ». C’est une parfaite synthèse de la situation. Elle est partagée par bien d’autres personnalités telle qu’Alain Damasio (écrivain de science-fiction) qui précise que la dissolution des altérités, l’individualisme « n’empêchent pas la consommation. C’est même l’avenir du marketing ultime : le commerce est importé à l’intérieur de ton espace personnel » et il précise que le capitalisme «a dégradé le désir en besoin et le besoin en pulsion d’achat ».

Cette période de crise n’a fait qu’accentuer la situation. Le commerce en ligne (Amazon et Cie…) s’est développé de manière démesurée aux dépens des employés qu’il exploite sans limite, aux dépens des petits commerces de proximité, et tout compte fait, des consommateurs eux-mêmes subjugués par la facilité, les prix, le marketing, mais dégradés dans leur humanité même. Jeff Bezos, PDG d’Amazon est l’homme le plus riche du monde : sa fortune, 155 milliards d’euros !… C’est nous qui l’enrichissons…

On aurait pu imaginer, envisager, qu’au contraire, ces difficiles moments auraient pu permettre un après diffèrent, auraient pu permettre de « changer le monde » … Dans l’immédiat ce n’est pas le cas et il faudra sans doute encore pas mal de temps pour défamiliariser les gens d’avec ce système et pour décoloniser leur imaginaire.

Il est cependant évident que le mécontentement chez les premiers de corvée (en réalité les authentiques premiers de cordée) celles et ceux qui réellement produisent la richesse sous toutes ses formes, est très profond.

Il est clair que des prises de conscience de l’état extrêmement dégradé de la situation sociale et du délabrement de la planète sont de plus en plus importantes.

En conséquence le pouvoir actuel, intégralement suppôt de ce système, est sérieusement déconsidéré par son incapacité à gérer la pandémie, par ses mensonges, par ses honteuses et pitoyables aumônes en direction des premiers de corvée, tel le Ségur et autres artifices pour faire croire qu’il est social…, par sa générosité à l’égard de la richesse, et par sa profusion de directives liberticides afin de mieux se protéger, de mieux protéger le système, au nom de la protection des populations. Le problème est que cette déconsidération ne se limite pas au seul macronisme jupitérien mais qu’elle pollue aussi l‘idée même de politique dans son ensemble : l’augmentation préoccupante de l’absentéisme électoral n’en est-il pas une conséquence révélatrice ?

Comment ne pas comprendre qu’il est, en fin de compte, question de réelles conditions de survie de l’humanité et que la seule solution est le dépassement, fondamentalement, de ce système, du capitalisme.

Comment ne pas comprendre, alors, que « la concurrence libre et non faussée » concurrence sans limite, sans foi ni loi, sans frein, sans retenue, qui va jusqu’à ignorer, mépriser jusqu’à la vie même des gens, jusqu’au devenir de la planète, doit être profondément remise en cause, jusqu’à son dépassement total.

Nous devons substituer à ce système toutes formes de coopération, de mise en commun, toutes formes de services publics permettant la gratuité réelle de la santé de l’éducation et allant vers la gratuité des biens fondamentaux (l’énergie, l’eau, transports publics …), allant vers l’abolition des inégalités par une juste répartition des richesses. Cette transformation doit aller jusqu’à la profonde remise en cause de la relation capital-travail principalement dans les lieux même de production des richesses.

Une réelle sécurité de l’emploi et de la formation telle que le prône la proposition de loi déposée par le groupe communiste à l’Assemblée Nationale en janvier 2017 est absolument nécessaire. Les objectifs de cette loi sont ainsi précisés : « L’activité économique des entreprises de production de biens et de services, qu’elles soient privées ou publiques, à but lucratif ou non, a pour finalités le bien-être des producteurs, la sécurité de l’emploi et de la formation, la satisfaction des besoins des citoyens, la préservation de l’environnement. Les choix de gestion des entreprises sont guidés par ces buts qui priment toute autre considération ».

Nous, les communistes, avons beaucoup à faire pour regagner la confiance de toutes celles et de tous ceux qui ont intérêt à ces profondes transformations, et nous devons tout faire pour.

Nous devons bien prendre en compte tous les profonds mécontentements, toutes les prises de consciences, les accompagner, les soutenir, favoriser le développement des luttes.

Nous devons continuer à mener sans relâche et sans arrières pensées la bataille des idées, la lutte idéologique. Elle est en partie décisive.

De plus afin de redonner de l’espoir, du désir de contribuer à cette transformation, nous devons avoir une activité démocratique, sans faille, exemplaire (au-delà de toute idée moralisatrice) efficace et au service de toute la population partout où cela nous est possible, partout où nous sommes en position de gérer une ville, une commune un département…

De notre réussite en ces domaines dépendra fortement l’adhésion des gens à nos propositions, à notre combat pour ces fondamentales transformations.

Enfin, autre dimension de notre combat, le rassemblement de toutes les forces pouvant converger vers ces transformations. Seules, isolées, quelque force de gauche que ce soit, ne pourra actuellement réussir à atteindre ces objectifs.

Le rassemblement de ces forces sur des bases claires de réelles transformations est indispensable et souhaité par la grande majorité des progressistes de notre pays. Tous choix qui iraient à l’encontre d’un rassemblement des forces tendant vers l’abolition de ce système, vers l’abolition du capitalisme, conduirait fatalement à une défaite d’une importante gravité pour les forces de progrès.

Ne jamais oublier que les œufs du serpent peuvent encore éclore à tous moments… Les dernières incartades du Docteur Folamour Trump, (récemment le poulain de Marine qui vous savez…) en témoignent amplement…

 

PS : Bonne nouvelle… Si cela va jusqu’à sa réalisation effective…

L’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a voté le 27/01/2021 une résolution visant à faire du vaccin un « bien public mondial » et demande de surmonter « les restrictions découlant des brevets… et des droits de propriété intellectuelle, afin d’assurer » leur « production » et « distribution à grande échelle ».

L’Humanité du 29-30-31 janvier 2021

 

C’est donc qu’il y a, véritablement, problème !…

 

Guy Béguerie, militant communiste